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REFLEXIONS D’UN ARTISTE: PERSONNE NE PEUT VOUS OBLIGER A CHANTER EN PUBLIC

REFLEXIONS D’UN ARTISTE: PERSONNE NE PEUT VOUS OBLIGER A CHANTER EN PUBLIC

By In BLOG, LES NOUVELLES On juillet 31, 2015


PERSONNE NE PEUT VOUS OBLIGER  A CHANTER EN PUBLIC

(Une réflexion de El maestro Méchac, didacticien de la musique)

Se découvrir une passion et la nourrir est une excellente chose. C’est même l’un des secrets immuables de la longévité et de la prospérité. Trouver du temps pour chanter, danser, peindre, entretenir un jardin ou faire du sport est sans doute un moyen infaillible de se maintenir en pleine forme physique et mentale. Mais de là à transformer sa passion en métier et l’exposer au regard du public avec le but ou non d’en vivre, il y a un pas à franchir avec beaucoup de prudence et de circonspection car de toute évidence, personne ne vous obligera à le faire, manu militari, à vos corps et esprit défendant. Diagnostic orienté musique d’un mal pernicieux dont souffre mon pays : l’impréparation improvisée.

Un métier boulevard

Et si la faute n’était pas aux artistes mais à l’art ? Les muses visitent qui leur plaît et l’inspiration n’est pas l’apanage d’un clan de professionnels. GG Vickey était un financier rompu, ancien Directeur général de la Loterie Nationale du Bénin, une preuve intangible que tout le monde peut embrasser l’art. Mais l’art embrasse-t-il tout le monde en retour ? Aimer la musique induit-elle forcément que la musique vous aime ? Vickey était congénitalement un artiste accompli, longtemps avant ses études supérieures d’économie. Là se trouve le problème.

Le monde actuel a prévu une place pour les mélomanes, les amateurs, les mécènes, les curateurs, les critiques, les promoteurs, les producteurs et les ministres de la culture. Si vous aimez la musique à ce point et que vous ne ressentez pas le besoin irrépressible de ne faire que cela dans votre vie, choisissez l’une des catégories énumérées plus haut. Elles ont autant d’importance que la famille des créateurs dans la mesure où une œuvre que personne ne produit, ne promeut et ne consomme, génère un créateur aigri en inimitié renouvelée avec l’univers entier et avec lui-même.

Mais si votre talent est avéré et que la vocation est précise, vous devez opérer une deuxième vérification : êtes-vous prêt ?

Se former n’est pas une démarche optionnelle

Quand on ressent le besoin de sauver son prochain, et qu’on veut le faire sans grande formation, le débouché conséquent n’est pas médecin mais scout. Même les secouristes à la Croix Rouge doivent consacrer beaucoup de temps à intégrer les notions et les réflexes inhérents à la pratique du sauvetage rapide. La musique est l’un des domaines où des arrivistes peuvent passer sous les projecteurs seulement une semaine après leur décision de sortir de l’anonymat. Certains sont pétris de talent brut et arrivent à se faire remarquer positivement, mais la plupart insufflent un brouillard épaississant de honte publique sur l’ensemble du pays et du continent africain, une opprobre intensément relayée par nos medias de plus en plus performants et efficaces.

Mais je martèle : même quand on naît aussi doué que Mozart de vénérée mémoire, il faut se faire former. Amadeus le virtuose inégalé, a longtemps et beaucoup appris de son père lui-même musicien. Il a très tôt été mené par ce dernier dans les milieux où la musique se faisait et se défaisait afin de construire son oreille et d’enrichir son aura. A qui donc voulez-vous ressembler, vous qui prétendez ne pas avoir besoin de formation musicale pour faire ce métier ? Kirikou parlait depuis le ventre de sa mère mais ne vous fiez pas au mystère d’un personnage de dessin-animé, je vous prie. Un passionné de football ne deviendra un sportif professionnel qu’en se laissant coacher par un expert et en travaillant plusieurs heures par jour durant de nombreuses années. A qui voulez-vous ressembler ?

Dites le moi, en toute franchise !

La formation dont il s’agit peut ne pas être scolaire, académique ou conventionnelle. Mais il faut apprendre, voir faire, tenir les seconds rôles, se construire une compétence et affûter ses armes. Ah oui j’oubliais : nous sommes en Afrique et il n’existe pas beaucoup de conservatoires. Papillon, le regretté guitariste chevronné du tout-puissant Poly Rythmo n’a pas fait de grandes écoles et pourtant, dites-vous !

Autres temps, autres mœurs

A l’époque il n’existait pas d’école en effet mais il a dû apprendre lui-même auprès d’aînés guitaristes. Papillon a notamment été instruit par un guitariste congolais qui lui transmit les secrets du jeu guitaristique, produit du génie musical de l’ex-Zaïre. Cependant, il y a plusieurs dizaines d’années, des Béninois comme Angélique Kidjo et Lionel Louèkè sont partis d’ici pour étudier la musique dans les écoles occidentales. Leur statut de célébrités planétaires ne démentira pas les moyens investis. Et ils ne sont pas les seules illustrations en la matière.

Passer par une chorale sérieuse ou un groupe musical responsable, chanter dans les clubs exigeants pour y faire du live ou du karaoké restent des procédés pédagogiques immuables qui sont encore à la portée de tout le monde. C’est à dessein que je ne mentionne pas internet avec ses multiples ressources disponibles. Et par humilité, je préfère taire que des coachs comme ma modeste personne sont sur le territoire et tentent de partager avec tous une expérience chèrement acquise.

Pourquoi donc refusez-vous de vous former ?

Les axes de la formation

Etre un chanteur professionnel requiert certaines qualités qu’il vaudra mieux cultiver au plus tôt. D’abord l’instrument : posséder une voix qui plaît, qui sonne juste, qui sait s’empreindre d’émotion et qui est endurante n’est pas un choix, mais une absolue nécessité pour survivre et réussir dans ce métier.

Ensuite la sensibilité musicale doit être recherchée : avoir le sens du rythme, avoir bon goût, ressentir la musique, entendre les nuances, vibrer à souhait quand le feeling vous visite, ne s’improvisent pas. Tout cela s’apprend et se fortifie au travers de l’expérience dans la construction du profil d’un bon chanteur.

Enfin, il n’est jamais superflu de savoir lire et écrire la musique ou de maîtriser un instrument contemporain ou endogène, Ce sont des atouts qui peuvent constituer la plus-value de votre art.

La rentabilité

Si vous estimez que la musique n’est pas assez rentable pour y engloutir autant de temps et de moyens à vous faire former, vous pourriez utilement envisager d’investir dans la friperie où il suffira juste de commander, recevoir, trier, exposer, vendre et recommencer le cycle. Je pressens que même là, il y aura fort à faire pour qu’un paresseux trouve son chemin.

Ignace Don Metok et Ricos Campos ont récemment prouvé que l’art peut nourrir son homme au Bénin. Pratiquement une vie entière de travail, de perfectionnement et de recherche de l’orientation stylistique. La notion de musique commerciale commence par se réajuster. Le fameux « A tri to » et le swinguant « Fa yi vi » ont définitivement remis en cause la prévalence des musiques importées comme les styles à forte rentabilité. Je reviendrai peut-être sur ce sujet de façon plus approfondie dans un article. La rentabilité de la musique béninoise vue sous un angle contemporain et actualisé peut m’arracher un peu plus de salive qu’un simplet paragraphe.

Après, c’est aussi une question de temps ! En fait, je prépare pour samedi, A L’ECOLE DU CHANT, une rencontre formative pour les chanteurs de tous genres et je crains que cela ne me donne la disponibilité nécessaire à la rédaction d’un tel papier !

Bonne fête de l’indépendance à tous et que nos arts demeurent nos armes !


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